Humain et digital : ne pas avoir à choisir
Je l’ai remarqué lors d’une réunion en visioconférence. Pas d’échange avant. Pas après. Juste la durée de la visio, puis chacun regagne son bureau. Éteint l’écran.
C’est devenu banal. Efficace, même. Et pourtant, quelque chose manquait.
Le monde change vite. Et dans cette course, le numérique promet tout : efficacité, instantanéité, proximité. Mais en échange, nous avons parfois cédé les conversations pour des messages, les rencontres pour des écrans, l’attente pour l’immédiateté.
Dans ce grand échange, l’humain risque de s’éclipser.
Quand le numérique
nous rapproche
Le numérique s’est glissé dans nos gestes quotidiens, nos rythmes et nos relations. Il nous connecte, nous informe, nous assiste. Il abolit une partie des distances, accélère nos échanges et simplifie parfois considérablement de nombreuses tâches.
Nous pouvons travailler à plusieurs centaines de kilomètres de notre entreprise, voir grandir nos petits-enfants qui vivent à l’autre bout du monde, retrouver en quelques secondes une information qui nous aurait demandé autrefois des heures de recherche.
Difficile de le regretter.
Je pense à mon fils, qui appelle de Casablanca. Je le vois à l’écran. Lui aussi me voit. Nous parlons. Lorsque j’avais son âge, une telle conversation aurait relevé de la science-fiction. Aujourd’hui, c’est un visage, une voix, une présence presque tangible malgré les kilomètres.
Le numérique nous donne aussi cette sensation grisante de pouvoir être partout, tout le temps. Il épouse nos rythmes, répond à nos urgences et satisfait notre désir d’instantanéité.
Et demain, avec l’intelligence artificielle, il fera probablement beaucoup plus encore.
Mais à force de nous faciliter l’existence, ne risque-t-il pas aussi de nous éloigner de ce qui la rend pleinement vivante et humaine ?
Quand l’outil finit
par s’interposer
Il ne s’agit pas de choisir entre le réel et le virtuel. Ce serait une bataille inutile. Et surtout perdue d’avance. J’aimerais croire à un monde où le digital amplifie l’humain, sans l’éclipser. Un monde où la technologie sert la relation, et non l’inverse. Mais je ne suis pas certain de savoir comment rendre cette conciliation réelle. C’est la question qui reste suspendue.
Comment posons-nous nos téléphones lors d’un dîner, quand l’architecte de ces appareils a passé des années à rendre l’acte de les consulter aussi séduisant que possible ?
Comment retrouvons-nous des échanges plus denses, quand nous avons pris l’habitude de la fragmentation ?
Comment choisissons-nous, en vérité, si la machine elle-même est conçue pour rendre le choix difficile ? Je ne suis pas sûr d’avoir des réponses satisfaisantes.
J’observe plutôt que le problème n’est probablement pas la technologie elle-même. C’est la place que nous décidons de lui laisser. Ou qu’elle prend petit à petit, sans que nous le décidions vraiment. Et peut-être que le fait même de se poser la question, de rester attentif à cette tension, est déjà quelque chose.
Un début.
Retrouver
la juste place
Il ne s’agit pas de choisir entre le réel et le virtuel. Ce serait une bataille inutile. Et surtout perdue d’avance.
J’aimerais croire à un monde où le digital amplifie l’humain, sans l’éclipser. Un monde où la technologie sert la relation, et non l’inverse.
Je ne suis pas certain de savoir comment rendre cette conciliation réelle. Mais je crois de plus en plus que la question n’est pas de renoncer à la technologie.
Elle est peut-être simplement de lui redonner sa place : celle d’un outil.
Ce n’est probablement pas la technologie qui nous éloigne. C’est la place qu’elle finit parfois par prendre dans nos vies.
Avec notre consentement. Ou presque à notre insu.
Elle peut relier, enrichir, faciliter. Elle peut permettre à des personnes séparées par des milliers de kilomètres de continuer à partager leur quotidien.
Mais elle peut aussi appauvrir certaines relations lorsque l’outil finit par remplacer ce qu’il était censé faciliter.
Nous avons appris à nous parler à travers des écrans. Peut-être est-il temps d’apprendre aussi à mieux les poser.
Le numérique ne doit pas devenir un refuge contre le monde réel. Il peut en être le prolongement, parfois le miroir.
Mais il ne devrait jamais en devenir le masque.
Nos écrans savent nous relier.
À nous de ne pas oublier
de nous rencontrer.
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