Humains, encore

Au milieu des algorithmes, écrire encore

10 Septembre 2026, 13:32pm

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Publié par Bruno Sardan

Les premiers blogs étaient apparus dans les années 1990 comme des espaces de respiration dans un monde qui s’accélérait subitement. Quelque chose de plus lent, de plus réfléchi.

Puis les réseaux sociaux sont arrivés. Et progressivement, ce que nous écrivions s’est fragmenté, accéléré, parfois même transformé en vidéos à durée de vie éphémère.

Désormais, j’ai l’impression d’écrire pour disparaître quasi instantanément. Pour être avalé. Et surtout, sur les réseaux sociaux, d’écrire de plus en plus pour être lu de moins en moins.

Ouvrir un blog en 2026 pourrait donc paraître anachronique. Peut-être.

Mais entre le flux et le silence, je souhaite préserver cet espace où les mots prennent leur temps.

Quand le monde
accélère
Écriture et lecture dans un monde numérique où l’information circule de plus en plus vite

Il faut trouver des sujets, écrire, publier avec une certaine régularité et accepter surtout que les résultats ne soient pas immédiats. Beaucoup de blogs s’essoufflent après quelques mois. Sans motivation réelle, il devient difficile de continuer à écrire pour quelques dizaines ou quelques centaines de lecteurs lorsque, à côté, les réseaux sociaux peuvent offrir des milliers de vues en quelques heures.

Mais le blog possède quelque chose que les réseaux sociaux ont progressivement perdu : le temps. Le temps d’expliquer, le temps de raconter, le temps de nuancer.

Sur les réseaux sociaux, les formats courts poussent souvent à prendre position rapidement. Il faut attirer l’attention dès les premières secondes et aller à l’essentiel. C’est la règle du jeu et elle peut produire des contenus excellents.

Certaines questions se prêtent mal à une réponse en trente secondes : oui ou non, blanc ou noir, bien ou mal. La vie est rarement aussi simple.

Un article permet de développer une idée, de l’examiner sous différents angles et parfois même de ne pas conclure définitivement. Il peut également être corrigé, complété ou actualisé plusieurs mois ou plusieurs années après sa publication. Surtout, il reste accessible.

Quelqu’un peut découvrir aujourd’hui un article écrit il y a trois ans simplement parce qu’il se pose une question à laquelle cet article tente de répondre. C’est une relation au temps assez différente, et peut-être de plus en plus précieuse.

Écrire
à l’heure de
l’intelligence artificielle
Écriture sur ordinateur à l’époque de l’intelligence artificielle

Une autre révolution est désormais en cours.

L’intelligence artificielle peut trouver des idées, rechercher des informations, résumer des documents et produire en quelques secondes un article parfaitement structuré sur pratiquement n’importe quel sujet. Elle peut aussi aider celui qui écrit et je ne vois d’ailleurs aucune raison de s’en priver.

À partir de quel moment l’outil qui nous aide à écrire commence-t-il à le faire à notre place ?

Aujourd’hui déjà, certains blogs sont probablement presque entièrement produits par des intelligences artificielles. Les textes sont parfois excellents, parfaitement orthographiés et remarquablement documentés. Mais seront-ils encore personnels ?

Si une machine peut écrire en quelques secondes un article techniquement plus abouti que celui auquel nous avons consacré plusieurs heures, pourquoi continuer à écrire nous-mêmes ?

Peut-être justement parce qu’un blog personnel n’a pas vocation à être parfait. Derrière un article, il y a une expérience, un regard, des souvenirs, des interrogations et parfois des contradictions. Il y a surtout une personne humaine.

Des inconnus
qui finissent parfois
par se connaître
Lecteurs d’un blog créant progressivement des liens autour de réflexions communes

La plupart des visiteurs d’un blog arrivent probablement un peu par hasard.

Ils ont posé une question à un moteur de recherche, aperçu un lien sur un réseau social ou reçu un article envoyé par quelqu’un. Ils commencent à le lire. Si certains s’arrêtent après quelques lignes, d’autres vont jusqu’au bout, puis repartent et ne reviendront jamais. Et quelques-uns lisent un deuxième article.

Ils reviennent parfois quelques jours ou quelques semaines plus tard, en laissant de plus en plus rarement un commentaire, en partageant un article, voire même en s’abonnant.

Progressivement, des personnes qui ne se connaissent pas peuvent commencer à se retrouver autour de centres d’intérêt, de préoccupations ou simplement d’une certaine manière de regarder les choses.

Finalement, ce n’est pas très différent d’un groupe de personnes qui se retrouvent régulièrement autour d’une table pour discuter, et une petite communauté peut alors apparaître.

À un détail près : elles peuvent habiter à quelques kilomètres les unes des autres comme à l’autre bout du monde. Les réseaux sociaux et les blogs ne sont donc pas nécessairement concurrents. Ils peuvent même parfaitement se compléter.

Instagram ou Threads permettent de découvrir une idée, une phrase, une image ou une réflexion en quelques secondes. Le blog permet ensuite, pour ceux qui en ont envie, d’aller un peu plus loin.

La différence essentielle reste ailleurs. Sur un réseau social, nous sommes invités chez quelqu’un. Les règles peuvent changer, les formats évoluer, la visibilité disparaître du jour au lendemain au gré d’un algorithme.

Un blog est davantage une maison personnelle. On y choisit ce que l’on souhaite publier, la manière de le présenter et surtout ce que l’on souhaite conserver.

Écrire aussi pour soi
Carnet d’écriture évoquant le besoin d’écrire aussi pour soi et de mettre de l’ordre dans ses pensées

Il reste enfin une raison beaucoup plus simple d’écrire.

Écrire oblige à mettre un peu d’ordre dans ses pensées.

Une idée qui paraît parfaitement claire dans notre tête l’est parfois beaucoup moins lorsqu’il faut la transformer en phrases. Chercher les mots oblige à préciser ce que l’on pense, mais aussi quelquefois à découvrir que ce que l’on croyait penser n’était pas exactement cela.

L’écriture peut également permettre de poser certaines émotions difficiles à exprimer oralement. Pour certaines personnes particulièrement sensibles, l’écriture devient aussi une manière de formuler ce qui s’exprime mal à voix haute.

Même lorsqu’elle est destinée à être partagée, l’écriture reste donc un acte assez personnel.

On écrit pour les autres.

Mais probablement aussi un peu pour soi.

Dans un monde où tout semble nous inviter à aller toujours plus vite, j’ai finalement choisi un endroit où je pourrai prendre mon temps.

Alors, pourquoi Humains, encore ?

Je ne sais pas combien de personnes viendront ici. Certaines arriveront probablement par hasard et repartiront aussitôt. D’autres reviendront peut-être. Quelques-unes laisseront un commentaire ou partageront un article. Cela me suffit.

J’ai simplement envie de regarder le monde qui change, les technologies qui prennent une place croissante dans nos vies, nos relations avec les autres, nos différences, nos contradictions et parfois nos fragilités. Sans prétendre détenir une vérité particulière.

Parce qu’au milieu des algorithmes, des intelligences artificielles, des notifications et du défilement permanent de nos écrans, il reste quelque chose qui m’intéresse probablement davantage que tout le reste : ce que nous en faisons et ce que nous devenons.

Bienvenue dans Humains, encore.

Écrire,
c’est oser être soi
dans un monde qui scrolle
sans désemparer.

Bruno Sardan

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